53e Festival
22 Août - 1er septembre 2019

Ils courent, ils courent, les festivals…

C’est la tendance lourde de ces dernières années, les musiciens passent de moins en moins de temps sur les lieux de concerts. Au nom de la rentabilité ils volent d’un festival à l’autre. Les artistes ont du s’adapter. Certains y voient même quelques côtés positifs.

Le rythme de nos vies s’accélère, le tempo de la vie musicale aussi. Voici quelques années, les artistes invités au festival s’installaient quelques jours, voire une semaine entière à la Chaise-Dieu. Ils prenaient  ainsi le temps de répéter, de rencontrer les journalistes et les organisateurs mais aussi de se mêler, si peu que ce fut, à la vie locale. Je me souviens, entre autre,  de grands et merveilleux moments passés en compagnie de Brigitte Fossey et François Chaumette venus interpréter « Jeanne au bûcher » de Honegger ou encore d’un déjeuner hilarant en tête à tête avec Ivry Gitlis. Ces jours ne sont plus. Les artistes courent d’un festival à l’autre, d’un concert à l’autre. On arrive, on répète, on se change, on joue, on part……c’est le nouveau tempo de la vie musicale, celui de la valse à 1000 temps.

La faute à la crise…

Damien Guillon qui dirige et interprète « Madeleine aux pieds du Christ », concert d’ouverture de cette 51ème édition, est pris lui aussi dans le tourbillon. 15 concerts, 15 festivals et une soirée à La Chaise-Dieu entre une académie de musique ancienne à Niort et des concerts à Vichy et Avalon. Pour lui une seule explication, la crise économique. « Les subventions donc les budgets se resserrent aussi bien pour les organisateurs de festivals que pour les ensembles. Et si on veut maintenir une niveau de revenus raisonnable pour les artistes, il faut enchaîner les concerts et c’est le temps de répétition qui en fait les frais ».

Des aspects positifs…

La musique et les artistes trouvent-ils leur compte dans cette course effrénée? « Oui, ce rythme nous oblige à mutualiser les moyens. Plus question de monter un projet ambitieux pour une seule représentation. D’où les co-productions entre festivals, on partage les coûts et les représentations, c’est un des aspects positifs de cette évolution ». Coproduit par le Festival de La Chaise-Dieu, l’Oratorio de Caldara sera donné à Rennes en octobre, puis dans d’autres villes de France avant d’être enregistré.

Pour Damien Guillon le temps de répétition n’est pas forcément gage de qualité, « Il vaut mieux parfois ne pas trop s’installer dans une acoustique trop enveloppante comme celle de La Chaise-Dieu ». Il n’empêche que des répétitions « vite expédiées » ont parfois donné des concerts décevants, à La Chaise-Dieu aussi. Heureusement le talent, la technique, le travail en amont et le professionnalisme sont là pour faire des ces quelques déceptions des exceptions.

La contagion…

photo blog 2 OKEux aussi courent beaucoup. Les techniciens de France Musique (le concert d’ouverture est diffusé en direct) ont enchaîné les concerts  cet été, quelques 70 sur une vingtaine de festivals. Eux aussi ont du s’adapter à des temps de répétition réduits. Sans trop de problème semble-t-il. Au festival de piano de la Roque d’Anthéron ils ont du tout de même imposer une répétition, pas prévue, d’au moins 20 minutes pour pouvoir faire leur balance.

Mais La Chaise-Dieu reste pour eux une étape à part. Ici ils ont eu le temps. Au moins suffisamment. Car diffuser en direct « Madeleine aux pied du Christ » n’est pas seulement restituer la musique, c’est aussi donner à l’auditeur derrière son poste la sensation de l’abbatiale. Une oeuvre ne sonne pas de la même façon dans tous les lieux. Ce travail de restitution les techniciens de Radio France le maîtrisent bien, mais pour Philippe Petit, chargé de réalisation «  il y a des lieux qui donne envie de la faire, d’autres pas. Et la Chaise-Dieu donne envie pour la richesse de son acoustique exceptionnelle et aussi la richesse de sa programmation». Résultat, 7 personnes, 20 micros et des kilomètres de câble pour que l’auditeur devienne aussi « spectateur » tout en  restant chez lui.

Jean-Paul Vincent


Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


A voir également